Airbus dévoile un navire cargo géant propulsé en partie par le vent
Airbus baptise le « Spirit of Toulouse », le plus grand cargo au monde équipé de voiles rotors. Ce géant de 160 mètres doit diviser par deux ses émissions de CO₂.

Le plus grand navire cargo à propulsion vélique au monde
Dans le port de Shanghai, le « Spirit of Toulouse » ne passe pas inaperçu. Ce cargo XXL vient tout juste d’être équipé de ses six voiles rotors, des cylindres verticaux blancs de 35 mètres de haut et 5 mètres de diamètre qui s’élèvent au-dessus du pont comme une forêt de colonnes. Avec cette installation, le navire devient officiellement le plus grand cargo au monde doté d’un système de propulsion vélique. Il mesure plus de 160 mètres de long pour 23 mètres de large, et atteint 24 000 tonnes à pleine charge. Airbus l’a baptisé en référence au « Spirit of St. Louis », l’avion avec lequel Charles Lindbergh a traversé l’Atlantique en 1927. Le clin d’œil n’est pas anodin : le Spirit of Toulouse a lui aussi vocation à relier les deux côtés de l’Atlantique, mais par la mer et avec un objectif d’abord environnemental.
L’effet Magnus, le secret des voiles rotors
Ces cylindres ne sont pas de simples ornements. Ils fonctionnent selon un principe physique connu sous le nom d’effet Magnus. En tournant sur leur propre axe grâce à un petit moteur électrique, les cylindres créent un déséquilibre de pression de chaque côté lorsque le vent souffle autour d’eux. Ce déséquilibre génère une force de poussée perpendiculaire au vent, qui aide le navire à avancer. Le résultat est une propulsion vélique moderne, sans voile traditionnelle, entièrement pilotable et rétractable. La technologie est développée par la société finlandaise Norsepower, spécialiste de ce type de rotor. Elle est déjà utilisée sur d’autres navires à plus petite échelle, mais jamais encore sur un cargo d’une telle taille et avec autant de rotors simultanément.

Propulsion hybride et carburants alternatifs
Les voiles rotors seules ne suffisent pas à propulser un navire de 24 000 tonnes à travers l’Atlantique en moins de quinze jours. Le Spirit of Toulouse est donc équipé en complément de deux moteurs principaux et de deux groupes électrogènes auxiliaires, tous bicarburants. Ces moteurs peuvent fonctionner au diesel maritime classique, mais aussi à l’e-méthanol ou au bio-méthanol, deux carburants alternatifs à faible empreinte carbone. C’est cette combinaison entre assistance vélique et motorisation propre qui fait la force du projet. Airbus affirme que ce mode de propulsion hybride lui permettra de diviser par deux ses émissions de CO₂ sur ses liaisons transatlantiques, par rapport à un cargo conventionnel équivalent. Un gain environnemental considérable pour un secteur maritime qui peine à décarboner ses opérations.
Six ensembles d’A320 par traversée, entre Saint-Nazaire et Mobile
La mission du Spirit of Toulouse est précise. Le navire doit relier le port de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, à celui de Mobile en Alabama, aux États-Unis. C’est sur ce trajet que transitent les pièces détachées des avions Airbus assemblées en Europe, notamment les ailes, les tronçons de fuselage et les empennages. Le Spirit of Toulouse pourra embarquer lors de chaque voyage six ensembles complets d’avions de type A320, soit une capacité logistique massive pour l’avionneur européen. Ce navire remplacera les solutions de transport actuelles, plus émettrices et moins efficaces. La mise en service est attendue pour 2027, après une phase d’essais en mer de Chine orientale prévue dans les prochaines semaines.
Une flotte de trois navires pour décarboner la logistique Airbus
Le Spirit of Toulouse n’est que le premier d’une série. Airbus prévoit en tout trois navires strictement identiques pour constituer sa nouvelle flotte décarbonée. Après le Spirit of Toulouse viendront le Spirit of Mobile et le Spirit of Mirabel, chacun équipé des mêmes six voiles rotors Norsepower et de la même motorisation hybride. Ensemble, ils remplaceront la flotte actuelle de cargos conventionnels utilisés par l’avionneur pour acheminer ses pièces entre ses différents sites de production et d’assemblage dans le monde. C’est un signal fort de la part d’Airbus, qui place la décarbonation de sa propre chaîne logistique au même niveau d’ambition que le développement de ses futurs avions à hydrogène.
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